12°16'S 49°17'ELe port
La rue Colbert
La rue Colbert à Diégo-Suarez : l'artère de la ville, ses arcades, ses façades, son marché, et ce qu'une rue dit d'un port.
Relevé par Basile Ravelo · relu par Inès Ratsima · 599 mots · 3 min de lecture ·

Toutes les villes portuaires ont une rue qui dit tout : à Diégo-Suarez, c'est la rue Colbert, l'artère qui descend vers la rade et où la ville entière passe au moins une fois par jour. Le vieux site de l'hôtel la donnait pour repère (« 300 m de la rue Colbert »), parce que tout le monde savait où c'était. Elle reste ce repère, et chaque façade ancienne y montre la maison pensée pour le climat : arcades contre le soleil, hauteurs de plafond contre la chaleur, volets contre le vent.
La rue
Une artère longue et droite, bordée d'arcades et de façades des années coloniales dont la patine fait partie du paysage, avec les boutiques du quotidien, les pharmacies, les tissus, les quincailleries et les bureaux qui font tourner une ville. Le marché s'y greffe ou s'en approche selon le côté où l'on vient, et la circulation y mêle les taxis-brousse, les charrettes, les scooters et les piétons dans l'ordre particulier des villes malgaches. Le matin, la rue est affaire ; le soir, elle est promenade ; la ville descend vers la mer quand le vent tombe.
Ce qu'on y trouve
La rue Colbert concentre les services du voyageur autant que ceux du quartier : change, téléphone, pharmacies, épiceries, restaurants simples, cafétérias, et les agences qui organisent les sorties du nord. Les façades du XIXe et du début XXe, certaines restaurées, d'autres fatiguées, racontent les époques de la ville mieux qu'un musée ; la ville n'a jamais eu les moyens de les remplacer, et c'est sa chance. Le soir, les terrasses s'installent sous les arcades, et la rue redevient ce qu'elle a toujours été : le salon du quartier.
Le marché et le soir
Le marché qui prolonge la rue mérite la visite pour lui-même : les étals de fruits du nord, les épices, les poissons de la rade, les tissus et les paniers, dans le bruit ordonné des marchés malgaches. Le soir, quand le Varatraza tombe, la rue change de fonction ; les boutiques ferment, les terrasses s'installent, les gens descendent vers la mer. La rue Colbert n'est pas un monument, elle est une habitude ; on la parcourt pour ce qu'elle donne, et on y revient pour ce qu'elle montre.
Les façades
Les façades de la rue racontent les époques : les arcades coloniales du début XXe, les boutiques des années cinquante, les enseignes plus récentes posées par-dessus. Certaines ont été restaurées, la plupart vivent leur patine, et la rue garde cette allure particulière des villes portuaires qui n'ont jamais eu les moyens de se refaire ; sa chance architecturale. Les hauteurs de la ville montrent la même chose de plus loin : la rue descend, la rade ouvre, et le plan d'eau termine le dessin.
On n'y vient pas pour une boutique en particulier, on y vient pour la rue elle-même : c'est le seul endroit de la ville où tout le monde finit par se croiser, et le seul où le voyageur cesse d'être spectateur.
Le relevé, corrigé
La rue se parcourt à pied, de préférence le matin quand elle est pleine. La position donnée situe son axe central ; les adresses changent, le principe non ; on y trouve ce dont on a besoin, et ce qu'on n'y trouve pas se commande au marché ou à la rade. Une ville portuaire se juge à sa rue principale ; Diégo tient la sienne depuis cent cinquante ans.


