12°07'S 49°14'ELes fonds
Les tombants de la passe
La passe qui relie la baie de Diégo au canal du Mozambique : pourquoi le poisson s'y concentre, et ce que les pêcheurs en savent.
Relevé par Basile Ravelo · relu par Inès Ratsima · 597 mots · 3 min de lecture ·

Une passe est un entonnoir. Deux fois par jour, la marée fait entrer et sortir toute l'eau d'une baie par une brèche, et tout ce qui mange des poissons appât sait où se poster. La baie de Diégo-Suarez communique avec le canal du Mozambique par un goulet large et profond, et les pêcheurs du nord ont appris depuis longtemps que le bord de ce goulet vaut tous les coins de la baie réunis.
Le mécanisme
À marée descendante, l'eau de la baie s'écoule vers le large en portant ce que le plateau nourrit : les petits poissons, les crabes, les larves qui sortent des herbiers et des mangroves. Le gros poisson se met sous le courant, dans le creux du tombant, et attend. Le pêcheur à la traîne travaille la couture entre l'eau verte de la baie et l'eau bleue du dehors, là où la couleur change ; le chasseur en apnée descend le tombant du côté où la houle se brise, parce que le poisson y est fixé par le flux. Les deux pêchent le même mécanisme : la frontière entre deux eaux.
Ce que la passe de Diégo a de particulier
La passe de Diégo n'est pas une petite brèche de lagon : c'est un goulet de plusieurs milles, profond, que les navires empruntent pour entrer en rade. Le courant y est fort, le trafic y est réel, et la houle du canal s'y engouffre quand le vent du sud-est force. On ne la pêche pas au jugé : on la pêche par l'extérieur, en restant sur les bords, et on ne la traverse qu'en connaissance de marée. Les vieux carnets du port notaient les jours où la passe se fermait tout court, houle contre courant, et ces jours-là la pêche se faisait dans la baie.
Ce qu'on y pêche
Les tombants de la passe tiennent le poisson de frontière : les carangues et les barracudas qui travaillent le courant, les mérous et les vivaneaux des trous, et par saison les thons et les voiliers qui coupent la sortie à la recherche des bancs d'appâts. Le pêcheur à la traîne y fait ses meilleures heures au change de marée, quand le flux s'inverse ; le chasseur y descend aux mêmes heures, du côté abrité. Les jours où le courant est trop fort, le poisson se décale, et le carnet des sorties l'apprend vite : la passe se pêche à la marée, pas à l'habitude.
Comment on y travaille
Le bateau positionne sa traîne sur la couture, dans le sens du courant, et recommence ses passages à chaque quart d'heure de marée. Le chasseur se met à l'eau en groupe, dérive le long du tombant du côté abrité, et ne sort qu'à la fin du flux. Dans les deux cas, le patron choisit le bord selon la houle : le côté au vent travaille le poisson mais use l'équipage, le côté sous le vent donne une pêche plus calme et parfois plus pauvre. Le carnet ne tranche pas ; il note que la passe se pêche comme on la traverse : avec le flux, pas contre.
Le relevé, corrigé
Les positions de cette entrée donnent le centre du goulet, pas les bancs : les bancs sont le métier des patrons, le goulet est la géographie. Le carnet conseille à quiconque traverse de sortir par beau temps la première fois, de noter le sens de la houle, et de rentrer avant que le vent ne se lève.


